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conférence du Président Valéry Giscard d’Estaing

Cher M. le Directeur,

Chers élèves,

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux d’être parmi vous aujourd’hui pour vous parler d’Europe.

Vaste territoire qui s’étend de l’Atlantique à l’Oural, l’Europe a été des siècles durant un immense champ de batailles et de migrations.

Ce n’est que depuis une période très récente -mais qui paraît longue aux jeunes adultes que vous êtes – que des hommes courageux ont décidé, au sortir de la Seconde guerre mondiale, qu’il n’y aurait « plus jamais ça », la guerre.

Rendez-vous compte de ce que cela signifiait : notre continent sortait alors, d’un cycle de trois guerres des plus meurtrières sur notre continent : 1871, 1918, 1945 !

J’ai connu la Seconde Guerre mondiale. Je n’étais qu’un peu plus âgé que vous, lorsqu’au printemps 1945, à 19 ans, je me suis engagé : nous avons franchi le Rhin avec mon escadron de la 1è armée française et nous nous sommes dirigés vers Constance. Les Allemands, nous les connaissions comme adversaires de combat. La plupart de mes camarades n’en avait jamais rencontré. Nous tirions les uns sur les autres ! Pour nous, comme pour tous les combattants, la guerre signifiait l’écrasement définitif de l’Allemagne. La réconciliation franco-allemande paraissait à l’époque hors de portée !

C’est dans ce contexte de méfiance et où la guerre hantait encore les esprits qu’un homme visionnaire a lancé, en mai 1950, un appel décisif pour l’avenir de l’Europe : Robert Schuman. Français et Allemands mettraient en commun la production de charbon et d’acier des deux pays. « La solidarité de production qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre entre la France et l’Allemagne devient non seulement impensable mais matériellement impossible », peut-on lire dans cette célèbre déclaration du 9 mai 1950.

C’est ainsi qu’est née, il y a plus de soixante ans maintenant, le début d’une communauté de paix durable entre nos peuples.

Cette communauté s’est, au fil des années, dotée d’Institutions : une Commission, un Conseil et un Parlement élu, depuis 1979, directement par les citoyens des pays membres de l’Union.

Peu à peu, nous en sommes venus à un grand marché où circulent librement les hommes et les marchandises; puis à une monnaie unique, comme nous l’avions projeté avec mon ami, le chancelier allemand Helmut Schmidt, lorsque nous étions aux commandes dans les années 1970 et que nous avons instauré le système monétaire européen (en 1978).

L’Euro, introduit dans onze Etats membres en 1999 (pour en compter 19 aujourd’hui), a grandement simplifié nos vies. Peut-être qu’en raison de votre jeune âge, vous n’avez qu’un vague souvenir de ce que cela signifiait avant, que de partir en vacances avec des monnaies différentes en poche !

Il y a cinquante ans en arrière, nous avions des monnaies fixes qui connaissaient des ajustements périodiques, et un commerce international cloisonné par les droits de douane et les contingents.

En supprimant les frontières monétaires, l’euro nous permet tous les jours de profiter plus facilement des avantages du marché unique : les transactions sont beaucoup moins coûteuses, les voyages facilités, le commerce et l’investissement stimulés. C’est formidable ! C’est, d’ailleurs, le plus grand succès de notre projet d’intégration européen, l’aboutissement d’un objectif historique.

Grâce à l’Union, vous pouvez voyager, étudier et travailler librement dans d’autres pays membres, y voter aux élections locales et européennes et être protégés par les autorités consulaires de n’importe quel autre Etat membre si d’aventure, vous vous perdiez un jour dans un pays lointain.

Vous ne trouverez dans aucun livre d’histoire un autre exemple aussi abouti d’union entre des Etats ayant transféré une part de leurs pouvoirs souverains à une entité supranationale !

Pour simplifier : l’Europe est compétente pour tout ce qui est grand (le commerce, la monnaie,…), et les Etats restent compétents pour tout ce qui est proche (santé, éducation,…).

Mais dans un monde globalisé où les nouveaux géants économiques se bousculent sur la scène internationale, de nouveaux rapports de forces politiques se forment.

Le repli sur soi ne nous permettra pas d’être compétitifs. Notre Hexagone représente à peine 0,3 % des terres émergées du globe, moins de 1% de la population mondiale et environ 1,5 % du PIB planétaire.

Il faut donc une nouvelle approche, pour dessiner le futur :

Il faut « voir grand » ! Vous devez voir grand !

L’Union européenne réunit aujourd’hui 500 millions d’habitants, c’est le troisième ensemble démographique du monde après la Chine et l’Inde, et avant les Etats-Unis et la Russie.

Avec 15 330 milliards d’euros en 2017 (selon Eurostat), l’Union européenne est la 2e puissance économique du monde (elle était la première en 2014). Elle représente 21 % du PIB mondial, derrière les Etats-Unis (24 %) et devant la Chine (15 %).

Et l’Union européenne est aujourd’hui la première puissance commerciale du monde, devant la Chine et les Etats-Unis. A eux trois, ils représentent près de la moitié (45 %) du commerce international.

Mais cette « nécessité de la dimension » n’est pas présente dans la conscience des citoyens.

Et elle nécessite du temps pour se matérialiser.

L’Union européenne s’est faite en 70 ans, par petits pas. Replaçons-nous sur cet axe de l’histoire longue, celle où se forment les vrais changements !

Que les Britanniques veuillent aujourd’hui sortir le pied qu’ils gardaient dans l’Union européenne ne doit pas faire douter le cercle de la première Europe, l’Europe des fondateurs. Au contraire, cela clarifie les choses :

Une intégration plus poussée ne se fera pas dans une Union élargie, mais dans le périmètre réduit des Etats qui veulent et peuvent le faire.

Il y aura, toujours, d’un côté :

  • l’Union européenne à 28 Etats membres (bientôt 27, si le Royaume-Uni réussit sa sortie programmée), vaste zone de libre-échange chargée de la gestion de l’Europe-espace et appelée, peut-être, à s’agrandir encore ;
  • et de l’autre, la zone euro, visant à promouvoir l’intégration économique puis politique, du noyau européen. Elle regroupe aujourd’hui 19 Etats, dont les 6 pays fondateurs, France, Allemagne, les 3 Benelux et l’Italie.

Ces pays sont le cœur battant de l’Europe. Et si vous ouvrez un Atlas sur la page « Europe », vous voyez que l’Europe c’est, en fait, la France et l’Allemagne.

Nos populations réunies représentent 30 % de la population de l’Union européenne, nos PIB 42 % du PIB de l’Union (sans le Royaume-Uni).

Les nombreuses avancées que le couple franco-allemand a rendues possibles dans l’intégration européenne, mais aussi les blocages dus à un recentrage national ou à une mésentente passagère, ont montré que si tout n’est pas possible avec ce couple, rien n’est possible sans lui.

Nos cultures, traditionnellement différentes, permettent d’entraîner aussi bien les Etats du Nord que ceux du Sud ou de l’Est. Ainsi, nous nous complétons parfaitement.

Je voudrais que vous reteniez un message : c’est que l’Europe, si elle est réformée et renforcée, si elle est pleinement investie et entraînée par son moteur franco-allemand, cette Europe nous protégera mieux des impacts négatifs de la mondialisation et pourra nous faire bénéficier pleinement des avantages qu’elle ouvre: échanger, circuler, innover grâce à nos différences.

Où que vous regardiez, il n’y a pas d’équivalent, dans le monde, d’une relation aussi proche entre deux anciens ennemis séculaires comme la France et l’Allemagne et d’une Union aussi aboutie que l’Union européenne à 28 !

Soyez-en fiers !

L’amitié est solidement ancrée entre nos populations. Il reste à rebâtir la confiance entre nos dirigeants et à faire rejaillir l’espoir et la foi en l’Europe ! C’est à vous, les jeunes, de porter le flambeau ! L’avenir vous appartient !

Je vous remercie.

Vous pouvez visionner le film de la conférence avec le mot de passe envoyé dans la newsletter SJP Info. Contact : communication@saintjeandepassy.fr

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