A Lorient, une ambassade pour la course solidaire

« C’est mon avis qu’en route on s’expose à la pluie », disait Alfred de Musset. Et c’est bien ce que les 8 élèves de 1ère et leur préfet auraient pu dire ce mercredi 18 février en rejoignant Lorient où la pluie n’a pas tari. C’était pourtant une journée hors-piste, comme la raconte Eglantine, Camille, Alix et Aliénor.

« C’était magique », s’émerveille Alix. Marin Carnot, 23 ans, ancien élève de Saint-Jean de Passy, courra en mai prochain la Solitaire du Figaro. Son bateau porte les couleurs de la Fondation Lejeune qui soigne, cherche et défend les personnes porteuses de trisomie 21. Cette course est la première étape. A terme, il s’est fixé le Vendée Globe sous la même bannière. Mercredi 18 février, 8 élèves de 1ère et leur préfet l’ont rejoint à Lorient au mouillage de son bateau.

De l’enthousiasme

« Marin est extrêmement enthousiaste », note Camille. « Le 12 janvier dernier déjà, quand il nous a présenté son projet salle Jean Paul II, son enthousiasme était communicatif ! », ajoute Eglantine. « On était déjà impressionnées : c’était son rêve et il a mis en place tous les éléments. A partir de rien, il a créé son projet », poursuit Aliénor et Alix à son tour : « En plus, il associe des personnes fragiles à ce beau projet ». Tout est dit. Le 25 mars prochain, c’est pour lui permettre d’aller plus vite, plus loin, que les élèves s’élanceront sur la piste de l’hippodrome d’Auteuil pour le cru 2026 de la course solidaire.

Lorient. A l’arrivée du train, les lycéens prennent le bus et retrouvent Marin sur la base nautique. « C’est là que sont amarrés tous les bateaux qui font des courses au large », explique Camille. Ils font le tour du port et en chemin, Marin leur parle physique. « Certains éléments du bateau sont construits pour que la vitesse soit optimisée en fonction des forces », raconte Alix quand Eglantine apprécie : « Il est très pédagogue dans sa façon de présenter les choses et on n’était pas larguées. J’ai trouvé que c’était intéressant et utile ! ».

Ça tangue !

Bien sûr, les élèves ont pu monter dans le bateau : « Il était en carénage, à sec, » explique Camille. « On est monté grâce à une échelle à cause de la quille », raconte Alix, « c’était un très beau moment ». Eglantine n’était pas trop fière : « On ne se déplaçait pas trop vite, parce que ça tanguait ! » Camille apprécie de voir l’intérieur du bateau : « On ne s’imagine pas, c’était très intéressant de voir sa toute petite cuisine : juste un réchaud qui bouge en fonction de la gite ». Aliénor s’étonne : « Le lieu de vie est très petit, il y a d’énormes espaces vides pour que ce soit plus léger », « Tout est conçu et pensé pour optimiser la vitesse du bateau, il n’y a pas de place pour l’erreur », poursuit Eglantine. « Il dort par tranche de 20 minutes et la sonnerie de son réveil est stridente ! », ajoute Alix. « Il nous a montré les foils, des winchs, des bouts et des cordage », explique Aliénor. « C’est très pratique, tout est à portée de main. Enfin, de ses mains à lui » précise Eglantine. Les quatre lycéennes ; Marin est un géant. Celui-ci leur a aussi montré le Spie signé de tous les élèves : « Avec des déclarations d’amour partout », s’amuse Eglantine.

A midi, les lycéens et leur préfet déjeunent avec Marin à l’abri dans une pièce à l’écart aménagée dans le hangar où les navigateurs rangent leurs affaires. De la fenêtre, ils suivent la mise à l’eau d’un trimaran.

« Moi, je ne vous laisserai pas mon bateau ! »

L’après-midi, direction de la cité de la voile. Ils découvrent les étapes de la construction du bateau, les différentes « couches » de la coque, les voiles et aussi « la survie, comment elle se déclenche » raconte Aliénor. « On voyait les tailles des différents bateaux entre l’optimiste et le trimaran on avait l’impression d’une coque de noix à côté d’un bolide de guerre ! », s’exclame Eglantine. Toute au long de la visite, il y a de nombreux jeux à expérimenter. Les élèves se mesurent au navigateur. Pas si simple. Marin les taquine : « Oh là ! Moi, je ne vous laisserai pas mon bateau ! »

Aujourd’hui, Marin peut partir, il a un bateau et les moyens de faire la course, mais s’il veut bien avancer, il faut optimiser l’équipement, les voiles du bateau. Les sponsors lui sont indispensables et par la course solidaire de Saint-Jean, les élèves sont fiers de contribuer eux aussi.

Inspirant

Indéniablement, les lycéennes sont touchées : « Le voir est inspirant, témoigne Camille qui adore la voile et prépare son monitorat, il était comme nous à Saint-Jean, il n’a pas pris la voie normale, il vit de sa passion. Ça m’interpelle. Si j’ai envie de partir, c’est possible ». Chef scout, bonne école d’ingé, à l’origine d’un projet exigeant, Aliénor est impressionnée : « C’est fou ce qu’il réussit à faire. Il s’est donné les moyens de réussir : une école d’ingénieur, de la voile. En plus, il donne du sens à sa passion : faire de la voile pour la voile, ce n’était pas suffisant pour lui, il embarque avec la Fondation Lejeune pour une course plus grande que lui. En faisant ce choix, il prend une voie compliquée. Il aurait été plus simple d’avoir un grand sponsor comme les autres », elle remarque : « Il est épanoui et heureux ». « C’était vraiment une rencontre magnifique », reconnait Alix. « Et moi qui déteste courir », raconte Eglantine, « pour le projet de Marin, là, je suis prête ! » Les lycéens sont rentrés trempés, mais plus personne ne pense à la pluie.