Brest : classe de défense et dissuasion nucléaire

La classe défense a mis le cap à l’ouest « là où finit la Terre » ce jeudi 26 mars. Direction la base navale de Brest. Louis de Notre-Dame de Grâce et Constance du collège Saint-Jean faisaient partie de l’équipage. Ils retracent une incroyable visite.

Sur la base sous-marine de Brest, les 17 élèves de la classe de défense se réveillent. Ils sont arrivés la veille par le train accompagnés de monsieur de La Grand’Rive, directeur du collège Saint-Jean, et de madame Martin-Tarranger, préfet des 3e de Notre-Dame de Grâce. Il fait grand beau. Après un petit-déjeuner, guidés par une  aspirante, qui répondra à toutes les questions des élèves, ils se dirigent vers un bâtiment chasseur de mines des plongeurs-démineurs. Ces soldats interviennent du Mont Saint-Michel à Bayonne souvent pour désamorcer des obus de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi sur des colis suspects apportés par la marée et échoués sur une plage, ou encore en déminage des détroits et des ports. « Certaines mines sont à déclencheur de bruit, ou de métaux. Sous l’eau, les démineurs ont un système de récupération de l’air dans leur combinaison pour éviter de propager les ondes qui font exploser les mines », explique Louis. Il est concentré, visiblement passionné. « C’était assez inattendu, explique à son tour Constance, ils nous ont montré des armes, des bombes qu’ils ont désamorcées, nous ont expliqué leurs effets. J’ai été impressionnée de voir tout ce que l’homme peut imaginer pour nuire. C’est affreux. Certaines mines étaient peintes en rose pour ne pas éveiller l’attention ou même attirer les enfants ».

L’oreille d’or

Deux sous-mariniers animent une conférence et les initient à la vie à bord d’un submersible. L’un d’eux est une « oreille d’or » : il écoute les bruits de la mer pour identifier les bateaux, les animaux, déceler et comprendre l’activité sous-marine : s’il détecte un pétrolier ou un navire ennemi, la réaction sera différente. « Le bâtiment peut rester immergé pendant environ 70 jours et personne ne sait où il est. C’est ça la dissuasion nucléaire », raconte Louis. Constance poursuit : « Les sous-marins sont là où les conflits persévèrent, ils veillent dans des endroits que personne n’imagine, à distance. Ils peuvent se le permettre parce qu’ils ont une force de frappe assez grande ». En cas de conflit, Louis précise : « Un sous-marin ouvert pour être réparé peut être remis en service en 48h ».

Sur l’ïle Longue

Après une visite dans la salle où les équipages s’entrainent sur des simulateurs, les élèves se dirigent vers le SNLE, « Sous-marin nucléaire lanceur d’engins », traduit très sérieusement Louis. « On a pris le bateau pour la base opérationnelle de l’île Longue[1], une navette civile dédiée uniquement aux personnels travaillant pour la défense détenteurs d’un badge d’accès à la base navale, l’île est habitée. A destination, on passe au détecteur de métaux et un militaire nous guide en bus vers la base secrète.  Elle ressemble à un gros bunker en béton ».

Chaque élève se coiffe du casque règlementaire et emprunte un grand tunnel bétonné. L’élève poursuit : « On est arrivé jusqu’à un énorme hangar. En baissant la tête, on a vu apparaitre un immense SNLE, qui était en révision. 138 mètres de long par 13 mètres de diamètres, les missiles nucléaires à bord, une espèce de gros cylindre noir en acier. C’est énorme » Les yeux de Louis rient. « On ne se rend pas compte quand on le voit en photo ».

Au cœur du sous-marin

Des officiers-mariniers les font entrer dans le sous-marin, ils s’approchent de la salle des machines, interdite au public, passent à côté du réacteur nucléaire, s’arrêtent dans la salle de commande du réacteur et des machines : « Il y avait différents pupitres, chacun avait son utilité. Par exemple pour contrôler l’énergie qui est transformée en électricité à la fois pour faire marcher les turbines, mais aussi pour la vie à bord ». En remontant le sous-marin vers l’avant, au centre, on tombe sur les missiles nucléaires. Louis continue la visite : « C’est impressionnant, on marche sur des grilles et on voit 13 mètres au-dessous de soi les missiles disposés à la verticale prêts à être envoyés. Une fois largués, ils avancent à MAC 15, la même vitesse qu’une fusée Ariane. Ils peuvent viser plusieurs objectifs. Dans l’espace, ils se désolidarisent et retombent en fonction de la trajectoire que leur impose l’algorithme. Et pendant la mise à feu, le commandant est armé pour éviter que quelqu’un intervienne et n’entrave la manœuvre ».

Une petite ville

Louis poursuit : « On a continué en passant par la cantine, la cuisine ». A bord, les deux cuistots ne font « pas de plats frits ou à la poêle, tout est cuit au four ou à la vapeur », précise l’élève. Il y a aussi un boulanger. « C’est très impressionnant de voir tout ce que ce sous-marin peut faire mais aussi la vie qu’il y a à l’intérieur, ajoute Constance. On pourrait croire que c’est seulement un instrument pour faire la guerre, mais c’est une petite ville avec une boulangerie, une salle de sport… Tous les matins, ils ont des croissants ou des pains au chocolat pour le petit-déjeuner ». « Les chambres sont assez optimisées. Les marins ont de vrais lits superposés, ça a l’air confortable », reprend Louis qui, très impressionné, marqué aussi par la figure du mari de sa marraine qui a commandé le Vigilant, pense à devenir sous-marinier. « En vrai, c’est énorme, poursuit l’élève. On a découvert un monde confidentiel, quasiment indétectable. C’est rare, c’est un monde fascinant. Peu de personnes connaissent les détails de cette force ». Constance, de son côté, préfère l’armée de l’air, même si elle est « très impressionnée de voir tout ce que les sous-mariniers peuvent faire sous l’eau coupés de la civilisation ». De fait, elle raconte qu’ils ne peuvent recevoir que 40 mots chaque semaine de leurs proches – sans possibilité de réponse, et n’ont pas le droit de recevoir de mauvaises nouvelles. « C’est un choix, poursuit l’élève, mais ça n’est pas un métier pour tout le monde ».

Dans le train de retour, les élèves ont un DT de 2 heures, on ne perd pas de temps !  « C’était drôle », avoue Constance, « c’est aussi un bon souvenir du voyage ». Gageons que les professeurs prendront en compte les conditions exceptionnelles de l’exercice.

[1] Une presqu’île bretonne située dans la rade de Brest.