« Aujourd’hui, on arrive à la fin d’un chapitre. Et c’est étrange. Parce qu’on a attendu ce moment pendant des années… Et maintenant qu’il est là, on aimerait presque ralentir le temps. Rester encore un peu ». Comme les autres élèves de la promotion Notre-Dame, Blanche, déléguée de classe en terminale, est en tenue de bal ce 17 juin sur la terrasse des secondes, magnifique dans sa robe aubergine. Avec Winston, lui aussi délégué de classe en terminale, ils prennent la parole pour toute la promotion en ce soir qui ne ressemble à aucun autre.
Mettre le feu au monde entier
« Chers élèves de la promotion Notre-Dame de Paris »… La veille à l’issue de la messe qui les rassemblaient, madame Lionet, Chef d’établissement s’adressait à ses grands élèves, retraçant l’histoire particulière de leurs années à Saint-Jean : « Vous êtes la promotion de l’incendie de Notre Dame, la promotion de sixième confinée, dont la confirmation décalée et masquée, a été protégée, la promotion qui fut mise entre les mains de l’Archange Saint Michel par un pèlerinage aventureux et tempétueux de préparation à la profession de Foi, quelle folie ! La promotion de l’arrivée des filles en aussi grand nombre que les garçons en classe de seconde, celle qui prend donc la forme d’une promotion de Feu, un feu qu’il faut mettre au monde entier !! »
Ils ont cru en nous parfois plus que nous-même
Quand Blanche poursuit. Elle raconte comment Saint-Jean est pour chaque élève, une forme de famille « parce qu’au fil du temps, un lien cher s’est créé entre nous » « Et dans cette grande famille », poursuit Winston, il y a « ceux qui nous ont appris presque tout ce qu’on sait aujourd’hui. Ceux qui nous ont accompagnés tous les jours, qui ont corrigé nos copies jusqu’à pas d’heure, qui ont parfois cru en nous plus que nous-mêmes. Je demande un tonnerre d’applaudissements pour remercier nos professeurs et tous les membres du personnel éducatif ». Ces professeurs qui, comme le soulignait madame Lionet leur « ont transmis une façon d’être au monde. Une certaine idée de ce que signifie exprimer, chercher, douter, comprendre, et recommencer ».
Soyez vous-même
Le moment des adieux est toujours ce moment spécial où se transmettent les trésors. Et en cette chaude soirée de fête, Louis Pataut, adjoint préfet des terminales, a encore un mot pour les lycéens, il leur adresse une dernière balise pour accompagner la route : « On ne peut pas être validé par tout le monde, ni aimé de tous, mais on peut être fidèle à soi-même. Votre manière de faire dérangera parfois, votre personnalité aussi peut-être, mais ne laissez jamais l’aigreur des autres changer la personne que vous êtes. Remettez-vous en question quand il le faut, demandez pardon quand c’est nécessaire, acceptez de vous être trompé, mettez votre orgueil de côté et recommencez, en tenant compte des erreurs commises. Si vous faites tout cela, alors acceptez aussi, et surtout, de tracer votre route malgré les médisances injustifiées. Faites preuve de caractère. Soyez vous-même c’est un des plus beaux cadeaux que vous pouvez vous faire ».
Garder intacte votre capacité à vous émerveiller
La veille encore Madame Lionet, elle aussi leur demandait : « Promettez-moi une chose celle d’emporter avec vous ce que vous avez reçu ici : la curiosité, la très haute exigence, l’esprit de camaraderie. Et cette conviction, enracinée dans la foi qui porte cet établissement depuis des décennies, que vous n’êtes jamais seuls que le Seigneur est là pour vous.
Croyez-le, le monde adulte que vous allez rejoindre a besoin de votre intégrité, de votre courage, de votre capacité à vous indigner et à vous émerveiller. Allez dans le monde avec notre gratitude, et notre prière ».
Avant le prochain verre et que le self des collégiens, transformé pour la circonstance en piste de danse ne se remplisse de monde, Winston a un dernier mot : « Vous avez été les visages, les voix et les souvenirs de ces années, merci d’avoir fait de Saint-Jean-de-Passy un endroit qu’on aimerait ne jamais vraiment quitter ».
Ce n’est qu’un au-revoir
A bientôt chers élèves. Après tout, ce n’est qu’un au-revoir et Blanche l’a bien compris : « On se reverra, que ce soit pour les privilégiés qui joueront des prolongations ici en prépa, ou dans 6 mois, quand on nous suppliera de rejoindre les alumnis, dans un an quand on viendra voir le 63 flambant neuf, dans 5 quand on animera le samedi discernement, dans 10 quand on rejoindra les conversations Ariane que l’on redoutait souvent, ou dans 20 quand nos propres enfants se feront une place dans ces couloirs qu’on connait tous si bien, dans 70, quand des lycéens viendront nous visiter à l’EHPAD de la source, vêtus, on l’espère tous, d’un sweat de promo rose ». Parce que comme l’explique si bien la future étudiante : « Partir d’ici, c’est comprendre qu’on ne peut pas rester pour toujours à Saint-Jean, mais croire qu’on restera toujours de Saint-Jean ».