« Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu’en répondant : « Parce que c’était lui ; parce que c’était moi » » écrivait Monsieur De Montaigne ou bien Marcel Proust : « Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, pour une femme qui ne me plaisait pas » ou encore cette maxime de La Rochefoucauld : « Il est de l’amour comme de l’apparition des esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu »… Qu’auriez-vous dit ?
Sous le signe de l’amitié
Pour cette 12e édition du Concours d’éloquence « Charles Piketty », les 6 finalistes devaient défendre leurs positions à partir de citations proposées sur le thème de « l’amour, l’amitié et la charité » devant un jury formé d’anciens élèves de Saint-Jean, de camarades de terminale ayant déjà participé au concours d’éloquence et présidé de main de maître par Monsieur Xavier Darcos, ancien ministre de l’Education nationale, professeur de Lettres classiques, chancelier de l’Institut de France et membre de l’académie Française. En l’accueillant ce mardi 12 mai dans la Salle des fêtes de la mairie de Paris, Louis Yon, Directeur du lycée Saint-Jean se réjouissait : « L’histoire de votre venue ce soir plonge ses racines dans une autre histoire commencée il y a près de 50 ans ». En venant à Saint-Jean présidé le Concours d’éloquence, il répondait à l’invitation d’une ancienne de ses élèves, madame Yon, mère de Louis Yon, qu’il n’avait pas revue depuis 46 ans ! Une célébration de l’amitié plus que de circonstance !
Avec sincérité
En ouvrant cette nouvelle édition, madame Lionet, s’attachant à Saint-Augustin, rappelait que « la parole bien ordonnée — celle qui sert le vrai — est une grâce, presque un sacrement », elle ajoutait que le docteur de l’Eglise, dans son traité De doctrina christiana, affirmait que « le grand orateur est celui qui sait à la fois instruire, plaire et toucher — docere, delectare, movere ». Pour cet exercice, « la bonté doit précéder la technique, expliquait-elle. Ce que vous avez à offrir à votre auditoire, aujourd’hui, c’est votre pensée, votre sensibilité, la façon dont vous habitez le monde et dont vous vous interrogez sur lui ». Enfin, elle redisait que « l’éloquence se forge ; nous n’attendrons pas la perfection formelle. Mais il y a une chose que nulle technique ne peut forger, c’est la sincérité. Et c’est cela que nous espérons entendre en vous aujourd’hui ». Et nous seront comblés tant les concurrents de cette édition auront donné le meilleur de leur cœur.
Il ne s’agit pas seulement de bien parler !
« Dans la pensée des anciens, ce qui fait notre nature humaine, c’est la capacité d’argumenter, le logos, c’est de maîtriser le discours, de faire en sorte qu’ils collent à la pensée et que, d’une seule unité, toute la personne s’incarne », expliquait à son tour Monsieur Darcos, « la vertu que l’on attend des jeunes ce soir ». Il ajoute s’adressant aux élèves : « Ne croyez pas qu’il s’agisse seulement de bien parler, d’être brillants, de connaître toutes les figures de style. Il s’agit d’être entendu, d’être apprécié, d’être compris et de susciter chez autrui une adhésion » ; d’être capable « de saisir celui qui écoute, de l’attraper par le collet et de l’amener à sa propre raison ». Avant de leur souhaiter bon courage, il a exhorté les élèves : « J’espère que vous allez faire entendre le mystère qui fait que l’homme est parole, que sa parole est faite pour convaincre, que lorsqu’il convainc il créé une harmonie, une symphonie qu’on appellera tout simplement la société, la sociabilité, l’art de vivre ensemble ». Déjà le premier candidat, Max Chavanne, seul élève de première en lice – et c’est sa première participation à la finale – s’avance près du pupitre.
A ce pupitre, ils vont de succéder, chacun défendant avec ferveur et conviction ses positions.
Et à l’issue d’interventions excellentes et variées, le jury, avec beaucoup de dignité, se retire pour délibérer.
Et de valeureux lauréats !
Certains lycéens n’en sont pas à leur coup d’essai. Ils sont en terminale et ont affronté la sélection serrée des deux premières étapes du concours que sont la lecture d’un texte et les joutes oratoires. Winston Yang atteint la finale pour la seconde fois. Cet élève qui suit un parcours scientifique apprécie un exercice qui lui sera utile professionnellement : « Trouver des arguments logiques et savoir les communiquer, ça me semble essentiel. Un scientifique doit savoir partager ses recherches, travailler en groupe, transmettre ses résultats. C’est utile dans tous les domaines ». Ce soir, il décroche la 3e place sur le podium.
C’est la 3e participation de Juliette Chevignard à la finale du Concours d’éloquence de Saint-Jean. Elle le vit comme un jeu. Si elle échoue à se classer les deux premières années, elle confesse avoir « appris beaucoup de choses l’année dernière. J’ai cherché à comprendre pourquoi ça n’avait pas marché. Je ne faisais pas assez la différence entre le théâtre et le discours ». Même si le théâtre reste bien présent dans son art oratoire, elle a pris conscience de la nécessité « d’acquérir le public. Il faut être attentif à ce qu’il aime », explique l’élève qui pense se diriger vers le droit l’année prochaine : « L’éloquence est un enjeu pour mon avenir ». Elle commencera cette année par une interpellation au jury qui… appréciera et lui décernera la seconde place !
Et le 1er prix revient à…
Alexandra Blin-Ross, fidèlement inscrite chaque année depuis la seconde au concours, qui arrive pour la première fois en finale : « C’est quelque chose que je ne pensais pas pouvoir faire, je pensais n’avoir aucune chance. Mais j’ai vu, au fur et à mesure que je développais des capacités ». Elle ajoute : « C’est un exercice difficile. La rédaction est très longue. Il ne faut pas être scolaire, je ne le suis pas tellement, il fallait trouver une balance ». Et ce soir, « j’ai essayé de dire ce que j’avais sur le cœur ». Grand bien lui a pris ! Elle remporte avec brio le premier prix du concours ! Dans son intervention sur le thème « L’amitié est une âme en deux corps » d’Aristote, elle parlera avec cœur et sans emphase de l’amitié qui unissait Cocteau à Anne de Nouailles et répondra avec une grande authenticité aux questions du jury. Elle conquiert son auditoire. « C’est grâce à madame de Chauvelin, mon professeur de Lettres de l’année dernière que j’ai participé au concours. Elle m’a fait lire un texte à haute voix et elle m’a encouragée. Je sais maintenant ce que je veux faire : je me destine à des études de théâtre ».
A l’issue de la soirée, Max repart sans podium, mais il se félicite : « C’est une expérience enrichissante, très enrichissante qui apporte une certaine assurance, la nécessité de développer des capacité réflexives… Mais la concurrence est rude : la manière de convaincre des autres élèves, ils sont très forts. Le jury est impressionnant … ». Max, nous vous attendons l’année prochaine !